Trevis nous
dépeint dans cette oeuvre un monde futuriste où l’humanité est sur le déclin. L’Homme
a accompli son rêve. Il a construit des robots si perfectionnés que ceux-ci ont
pris en charge toutes les tâches faisant tourner le monde. Ainsi, l’Homme peut
se laisser aller aux plaisirs les plus simples et basiques : drogue et
sexe (« sexe vite fait, sexe bien fait »).
Mais ces robots
tombent en panne et plus personne ne sait, ni n’est capable, de les réparer, de
sorte que le monde se détraque petit à petit, donnant lieu à des situations
complètement absurdes que je vous laisse découvrir par vous-mêmes.
Seul parmi cette
entropie naissante, un robot de Classe 9, Robert Spofforth. Androïde parfait,
ultra perfectionné, à la peau noir, d’apparence séduisante. Ultime réalisation
de l’Homme. Celui-ci a été doté par ces concepteurs de l’époque d’une durée de
vie illimitée et est capable de ressentir des émotions. Son cerveau est la
copie parfaite d’un cerveau humain auquel on a retiré tout ce qui était
superflu. Conscient du problème de cette société déstructurée, droguée et
complètement illettrée, il laisse faire d’un haussement d’épaule. Après
plusieurs centaines d’années de vie, il est las de la vie. Mais un programme
anti-suicide l’empêche de se jeter du haut de l’Empire State Building. Il
laisse donc l’humanité s’éteindre petit à petit, dans la plus grande décadence.
Paul Bentley,
professeur à l’université de New-York, découvre par hasard des manuels
scolaires pour apprendre à lire. Fasciné, celui-ci entreprend l’apprentissage
de la lecture et de l’écriture, faits hautement répréhensibles et passibles d’une
peine de prison. Spofforth le découvre et lui confie alors la tâche de
visionner des films muets sous-titrés. Paul découvrira alors un monde d’une
autre époque et rédigera ses notes dans un petit cahier qui contiendra aussi
ses réflexions. A l’occasion d’une visite au zoo, Paul fera la rencontre de
Mary-Lou. Femme rebelle, refusant le monde mécanisé dans lequel elle vit,
celle-ci vit en marge de la société. Une amitié naîtra de leur rencontre.
L’humanité
décrite par Trevis est très pessimiste. Le monde part en vrille. Les systèmes
de production tombent en panne sans que personne ne puisse les réparer. Les
habitants sont shootés jour et nuit avec des drogues mises à disposition par
des distributeurs publiques et gratuits. Certaines personnes s’immolent,
mettant fin à cette vie absurde. Pire encore, la population décline, les
enfants ont disparu des rues.
Critique violente
de ce que notre société moderne pourrait devenir si nous ne prenons pas garde,
Trevis dénonce notre mode de vie. Consumérisme et individualisme poussés à
l’extrême, perte des valeurs morales, éthiques et humaines telles que la
famille. Seul espoir, la redécouverte de l’amour et des vrais sentiments.
Il est à noter le
parallèle avec le roman de Ray Bradbury, Fahrenheit 451, où le livre est aussi
représentée comme la source du savoir ultime et la trace de notre passé. L’auteur
s’est peut-être aussi inspiré du Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley qui
utilise aussi des pilules de bonheur et où l’endoctrinement est aussi très
fort.
Malgré un rythme
lent, sans retournement de situation ou chute vertigineuse, ni d’affrontement
entre des gentils et des méchants, Trevis balade le lecteur dans son univers à
la fois fascinant et terrifiant avec une énergie étonnante, même si la chute
est prévisible. Et malgré la noirceur du récit, la lumière est au bout du
tunnel. Et l’auteur de nous poser une question essentielle : l’humanité
mérite-t-elle de survivre ? A vous de voir...
A découvrir de
toute urgence.
Fiche de L'Oiseau d'Amérique de Walter Tevis

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