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Chronique - L'Oiseau d'Amérique (Walter Tevis) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par Didier Rikelynck   
09-12-2007
L'Oiseau d'Amérique de Walter Tevis

Trevis nous dépeint dans cette oeuvre un monde futuriste où l’humanité est sur le déclin. L’Homme a accompli son rêve. Il a construit des robots si perfectionnés que ceux-ci ont pris en charge toutes les tâches faisant tourner le monde. Ainsi, l’Homme peut se laisser aller aux plaisirs les plus simples et basiques : drogue et sexe (« sexe vite fait, sexe bien fait »).

Mais ces robots tombent en panne et plus personne ne sait, ni n’est capable, de les réparer, de sorte que le monde se détraque petit à petit, donnant lieu à des situations complètement absurdes que je vous laisse découvrir par vous-mêmes.

Seul parmi cette entropie naissante, un robot de Classe 9, Robert Spofforth. Androïde parfait, ultra perfectionné, à la peau noir, d’apparence séduisante. Ultime réalisation de l’Homme. Celui-ci a été doté par ces concepteurs de l’époque d’une durée de vie illimitée et est capable de ressentir des émotions. Son cerveau est la copie parfaite d’un cerveau humain auquel on a retiré tout ce qui était superflu. Conscient du problème de cette société déstructurée, droguée et complètement illettrée, il laisse faire d’un haussement d’épaule. Après plusieurs centaines d’années de vie, il est las de la vie. Mais un programme anti-suicide l’empêche de se jeter du haut de l’Empire State Building. Il laisse donc l’humanité s’éteindre petit à petit, dans la plus grande décadence.

Paul Bentley, professeur à l’université de New-York, découvre par hasard des manuels scolaires pour apprendre à lire. Fasciné, celui-ci entreprend l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, faits hautement répréhensibles et passibles d’une peine de prison. Spofforth le découvre et lui confie alors la tâche de visionner des films muets sous-titrés. Paul découvrira alors un monde d’une autre époque et rédigera ses notes dans un petit cahier qui contiendra aussi ses réflexions. A l’occasion d’une visite au zoo, Paul fera la rencontre de Mary-Lou. Femme rebelle, refusant le monde mécanisé dans lequel elle vit, celle-ci vit en marge de la société. Une amitié naîtra de leur rencontre.

 

L’humanité décrite par Trevis est très pessimiste. Le monde part en vrille. Les systèmes de production tombent en panne sans que personne ne puisse les réparer. Les habitants sont shootés jour et nuit avec des drogues mises à disposition par des distributeurs publiques et gratuits. Certaines personnes s’immolent, mettant fin à cette vie absurde. Pire encore, la population décline, les enfants ont disparu des rues.

 

Critique violente de ce que notre société moderne pourrait devenir si nous ne prenons pas garde, Trevis dénonce notre mode de vie. Consumérisme et individualisme poussés à l’extrême, perte des valeurs morales, éthiques et humaines telles que la famille. Seul espoir, la redécouverte de l’amour et des vrais sentiments.

Il est à noter le parallèle avec le roman de Ray Bradbury, Fahrenheit 451, où le livre est aussi représentée comme la source du savoir ultime et la trace de notre passé. L’auteur s’est peut-être aussi inspiré du Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley qui utilise aussi des pilules de bonheur et où l’endoctrinement est aussi très fort.

 

Malgré un rythme lent, sans retournement de situation ou chute vertigineuse, ni d’affrontement entre des gentils et des méchants, Trevis balade le lecteur dans son univers à la fois fascinant et terrifiant avec une énergie étonnante, même si la chute est prévisible. Et malgré la noirceur du récit, la lumière est au bout du tunnel. Et l’auteur de nous poser une question essentielle : l’humanité mérite-t-elle de survivre ? A vous de voir...

A découvrir de toute urgence.

Fiche de L'Oiseau d'Amérique de Walter Tevis

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