Woodyn Noman a
été accepté comme Citoyen du Domaine de l’Oeil. Pour lui qui habitait dans le
territoire de la Hors-Vue, c’est un immense honneur, surtout au vu de son jeune
âge : vingt-six ans. Et il espère bien être nominé au poste de Veilleur
très rapidement.
Anton Girek
déchaine les foules et les passions avec sa chanson Parabellum Tango aux
paroles révolutionnaires. Mais du jour au lendemain, plus aucune radio ni
télé-spectacle ne veut le diffuser. En d’autres termes, il a été censuré et se
retrouve à la case départ : à gratter sa guitare dans les rues de la
Hors-Vue. Mais cela aussi lui devient interdit.
Ces deux
personnages habitent chacun d’un côté de la frontière. D’un côté, le Domaine de
l’Oeil où Chaque Citoyen est pris en charge par le Système qui pourvoit à tous
ses besoins : argent, travail, appartement, partenaire(s). En échange de
quoi, il se voit assigner une loi personnelle qu’il doit garder secrète et à
laquelle il faut obéir aveuglément. Afin d’éviter toute dérive, la Loi vous octroie
un A.C., animal de compagnie cybernétique télépathe, votre confident.
Spécialement conçu pour vous, il est garant de votre intégrité physique et
surtout morale. Mais c’est aussi un mouchard au service de l’Oeil qui vous
rappelle à l’ordre au cas où la brebis s’égarerait.
De l’autre côté,
la Hors-Vue. Le « reste » de la population qui est née à même la rue,
qui doit survivre pour exister, où le maître mot est anarchie. A l’abri de
l’œil, il faut se démener pour vivre une existence décente. Tous les coups sont
permis. Et chacun se permet de rêver qu’un jour il fera partie des rares élus
et chanceux qui peuvent accéder au paradis, comme Woodyn.
Mais bien au-delà
de cette division, c’est le concept de Big Brother que l’auteur pousse dans ses
derniers retranchements. Le Domaine de l’Oeil est un Loft Story grandeur nature
où tous vos faits et gestes sont observés et analysés jusque dans votre chambre
à coucher. De plus, dans cette société, où le Système pourvoit à tous vos
besoins, on est en droit de se demander si la liberté individuelle existe
encore. Mais le plus dérangeant dans tout cet artifice est qui dicte les lois
personnelles ? Qui se cachent derrière ce Système insaisissable ?
Le sujet est
vaste et les idées nombreuses. Mais j’ai trouvé dommage que l’auteur n’approfondisse
pas plus la question de l’intimité. En effet, comment font les citoyens pour
renoncer à leur intimité sans se rebiffer ?
De même, « tout
le monde il est gentil et heureux ». Deuxième fois dommage que l’auteur ne
fait qu’effleurer ce fait sans vraiment y apporter de réponses. Mais en 250
pages, difficile de creuser en profondeur tous ces thèmes.
La dualité de cette
société, où les nantis sont d’un côté et les pauvres de l’autre, transpire
aussi tout au long du récit. L’auteur tenterait-il de sensibiliser son lectorat
à cette société à deux vitesses, problématique si actuelle.
De part son
style, le livre est agréable à découvrir, et l’on se plonge avec délectation
dans le côté obscur et noir de l’univers. Les idées géniales surgissent de
toutes parts et certains passages font preuves d’une très grande maîtrise. L’univers
est cohérent et très riche. Les réponses à la fin que l’auteur nous offre en
sont la preuve. Beaucoup de portes ouvertes (enfoncées) et quelques centaines
de pages n’auraient pas fait non plus de mal pour en découvrir tous les
tréfonds.
Une anticipation de
grande qualité, foisonnant d’idées, qui suscite nombre de questions et débats mais
qui laissent un goût amer de trop peu. Vous avez compris, j’en recommande
chaudement sa lecture. Un auteur dont je n’hésiterai pas à lire ses autres
romans.
Fiche de Parabellum Tangode Pierre Pelot

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