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Mathias est
sculpteur. Formé à l’école des Beaux-Arts, il est la fierté du gouvernement
français. En effet, grâce à lui et à son art proche du « goût populaire »,
la France va pouvoir reprendre un visage plus « français »,
sauvegardant ainsi son honneur. Car après la guerre, où nombre de bombes
sismiques furent larguées, le monde n’est plus qu’un ensemble d’îlots
disparates, perdus dans des océans aux eaux visqueuses et caoutchouteuses. Les
autorités françaises ont donc décidé que Mathias sculpterait chaque atoll à
l’image de ce qu’était la France d’autrefois, en respectant son tracé d’antan.
Ainsi, avec sa
femme et son fils, à bord d’une canonnière mise généreusement à disposition par
le gouvernement, Mathias parcourt les flots huileux, d’îlots en îlots, redonnant
la fierté au peuple français.
Les chapitres s’égrènent
à compte à rebours, tel le compteur d’une bombe. On découvre au fur et à
mesure, par petit saut temporel dans le passé, la vie de Mathias. Son enfance,
marquée par les exodes des habitants tentant d’échapper au Mange-Monde,
créature issue de l’imaginaire enfantin, et par la démence de sa mère ;
son adolescence à l’école des Beaux-Arts où il sera formé à l’art de sculpteur
à l’explosif ; le début de sa carrière à bord d’une vedette en compagnie de
sa femme enceinte. Le tout interrompu par la suite de sa vie au temps présent.
Y’a pas à dire,
c’est pas joyeux ! Les soirées chez Mathias se résumant à des disputes ou
à ruminer le passé. Brussolo insiste fortement sur le pouvoir créateur de
l’art, mais en même temps, l’artiste n’est pas reconnu pour son œuvre et est
incompris de sa femme. Dès lors, c’est la chute vertigineuse dans la déprime et
le repli sur lui-même est entamé. Mathias, ou le paratonnerre à malheurs.
Le côté chauvin
de l’histoire, où le gouvernement veut restaurer la gloire de la France, est
très présent. Chaque survivant, gonflé par la nostalgie, veut que son lopin de
terre ressemble à sa terre d’origine, comme la Normandie, la Bretagne, ou Paris
et son air pollué. L’auteur a-t-il fait preuve d’ironie ? Même si ce n’est pas
le cas, l’image du français avec son béret et sa baguette m’a fait sourire.
Fin de monde
catastrophique, jeunesse malheureuse du héros, problème de couple, autant de
thèmes abordés en si peu de pages, et bien qu’imbriqués correctement, le récit manque
de dynamisme. Ce n’est pas inintéressant, les idées sont bonnes (bombe
sismique, sculpteur à la dynamite) mais c’est tellement lugubre et
désespérant... Heureusement que le roman est court sinon on serait tenté de courir
au fond du jardin pour aller le sculpter.

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