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Chronique - Mange-Monde (Serge Brussolo) Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Ecrit par Didier Rikelynck   
28-05-2007

Mange-Monde (Serge Brussolo)Mathias est sculpteur. Formé à l’école des Beaux-Arts, il est la fierté du gouvernement français. En effet, grâce à lui et à son art proche du « goût populaire », la France va pouvoir reprendre un visage plus « français », sauvegardant ainsi son honneur. Car après la guerre, où nombre de bombes sismiques furent larguées, le monde n’est plus qu’un ensemble d’îlots disparates, perdus dans des océans aux eaux visqueuses et caoutchouteuses. Les autorités françaises ont donc décidé que Mathias sculpterait chaque atoll à l’image de ce qu’était la France d’autrefois, en respectant son tracé d’antan.

Ainsi, avec sa femme et son fils, à bord d’une canonnière mise généreusement à disposition par le gouvernement, Mathias parcourt les flots huileux, d’îlots en îlots, redonnant la fierté au peuple français.

Les chapitres s’égrènent à compte à rebours, tel le compteur d’une bombe. On découvre au fur et à mesure, par petit saut temporel dans le passé, la vie de Mathias. Son enfance, marquée par les exodes des habitants tentant d’échapper au Mange-Monde, créature issue de l’imaginaire enfantin, et par la démence de sa mère ; son adolescence à l’école des Beaux-Arts où il sera formé à l’art de sculpteur à l’explosif ; le début de sa carrière à bord d’une vedette en compagnie de sa femme enceinte. Le tout interrompu par la suite de sa vie au temps présent.

Y’a pas à dire, c’est pas joyeux ! Les soirées chez Mathias se résumant à des disputes ou à ruminer le passé. Brussolo insiste fortement sur le pouvoir créateur de l’art, mais en même temps, l’artiste n’est pas reconnu pour son œuvre et est incompris de sa femme. Dès lors, c’est la chute vertigineuse dans la déprime et le repli sur lui-même est entamé. Mathias, ou le paratonnerre à malheurs.

Le côté chauvin de l’histoire, où le gouvernement veut restaurer la gloire de la France, est très présent. Chaque survivant, gonflé par la nostalgie, veut que son lopin de terre ressemble à sa terre d’origine, comme la Normandie, la Bretagne, ou Paris et son air pollué. L’auteur a-t-il fait preuve d’ironie ? Même si ce n’est pas le cas, l’image du français avec son béret et sa baguette m’a fait sourire.

Fin de monde catastrophique, jeunesse malheureuse du héros, problème de couple, autant de thèmes abordés en si peu de pages, et bien qu’imbriqués correctement, le récit manque de dynamisme. Ce n’est pas inintéressant, les idées sont bonnes (bombe sismique, sculpteur à la dynamite) mais c’est tellement lugubre et désespérant... Heureusement que le roman est court sinon on serait tenté de courir au fond du jardin pour aller le sculpter.


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Dernière mise à jour : ( 19-10-2007 )
 
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