|
Pierre Bordage,
écrivain français de science-fiction qu’il n’est plus nécessaire de présenter,
nous propose ici son dernier roman. Le challenge est de taille, de même que
l’épaisseur de l’imposant volume, car il s’agit ni plus ni moins d’écrire un
évangile, mais dans une version modernisée.
Quatre
personnages, qu’a priori rien ne lie entre eux, vont être les témoins
privilégiés du nouveau messie. Marc, rédacteur pour un journal à sensation,
Mathias, tueur-à-gage solitaire, Yvan, « l’attaché de presse » du messie,
et Lucie, strip-teaseuse dévoilant ses charmes sur Internet. A travers les yeux
de ses quatre personnes, le lecteur va découvrir le message et l’engouement que
suscite ce Christ auprès des masses, et que le gouvernement voit d’un très mauvais
œil.
Utilisant des
thèmes très en vogue actuellement, Pierre Bordage critique par le biais de ses
personnages notre société capitaliste et de surconsommation. Au fil des pages, il
abordera des sujets comme l’écologie (et la pollution), la manipulation de la
population par les médias et le gouvernement, notre société matérialiste et de
paraître.
Les héros sont
très bien brossés et leur psychologie est très bien détaillée de sorte que l’on
s’attache rapidement à eux. L’identification du lecteur à ceux-ci est d’autant
plus aisée qu’ils sont des monsieurs et madames tout le monde, que l’on
pourrait croiser dans la rue en les ignorant superbement, qui ont leurs
problèmes, leurs rêves et leurs espoirs. Leur vie sont savamment distillées au
fur et à mesure, afin d’éviter toute indigestion. Comme déjà dit, on s’attache
à eux et on désire savoir ce qui va leur arriver, d’où ils viennent, qui
sont-ils. Et tout le génie de Bordage de s’exprimer. En effet, l’action n’est
pas torride, le suspense n’est pas haletant mais malgré tout, on veut savoir ce
qu’il adviendra des personnages. Pour se faire, Bordage a décomposé son récit
en chapitres, nommés en fonction du personnage concerné, ce qui accentue le
côté évangile de l’œuvre. On cycle ainsi d’un personnage à l’autre, dévorant
avec avidité les chapitres les uns après les autres.
Sommes-nous dès
lors en face d’un chef d’œuvre ? Force m’est-il de constater que non. Il
manque ce petit je-ne-sais-quoi, cette étincelle magique qui marque de son
sceau les tout grands romans. Une mise en place peut-être trop longuette. Un
scénario beaucoup plus simpliste que dans ses œuvres précédentes. Peu de
rebondissements. De plus, je suis un peu resté sur ma faim, la fin me semblant
un peu vite envoyée.
Fiche de L'Evangile du Serpent de Pierre Bordage

|